Il tourne trop vite, ce monde.
Emportant avec lui les vérités et les mensonges de l’histoire. Balayant le passé, qui rejette ses morceaux mal digérés sur un présent handicapé. Ainsi, voilà que l’ère du colonialisme ne serait pas terminée. La domination économique trône toujours, au-dessus des Droits de l’homme.
Dans une société où les mentalités peinent à considérer comme leur égal ces fils, petits-fils, arrière-petits-fils d’ex-colonisés pourtant aujourd’hui bien français. Une société qui regrette cette France conquérante d’hier et s’interroge alors sur son identité. Retour 50 ans en arrière, en 1961, le 17 octobre. Nuit noire
où des centaines d’Algériens revendiquant passivement l’indépendance de leur pays furent engloutis par la Seine. La guerre d’Algérie,
une guerre sanglante qui laisse aujourd’hui
des empreintes sur des générations entières. Une guerre, qui, pour être dépassée, demande de faire appel à nos mémoires pour construire
un souvenir commun, celui des historiens,
pas des politiciens. En Tunisie, la révolution
du Jasmin a gagné, reste à faire les choix pour
un futur apaisé. L’Algérie elle, bouillonne
et gronde, rattrapée par l’Égypte. Impossible pour l’Île d’échapper à l’histoire. Entre réunions de crise pour le renouveau du Maghreb et débat autour de la projection du film Hors-la-loi, de Rachid Bouchareb, dans le cadre de la Semaine anticoloniale, ses citoyens entendent bien
lutter contre les trous de mémoire.

Edito
Le poids des hommes
En cette année qui démarre, on aimerait avoir fini de croire au pouvoir d’un seul homme. C’est en multipliant les savoirs, les rencontres que l’idée de construire un avenir qui rassemble et donc nous ressemble paraît plus palpable.
Intouchables, le succès cinématographique de ce début d’année nous rappelle que l’amitié et l’entraide au-delà des différences, sont des valeurs auxquelles nous croyons. Il nous rappelle aussi que la relégation est présente,
des quartiers populaires français aux milieux ruraux africains en passant par les minorités Tatares d’Ukraine.
Mais que d’interactions sont possibles, et d’une richesse inestimable !
Sur l’île comme ailleurs, les intouchables de l’ombre œuvrent pour donner une consistance à ce mot trop souvent galvaudé : solidarité. Les intouchables, ce sont ces jeunes qui vont faire un chantier dans une école marocaine
ou qui se découvrent une passion pour l’animation auprès de personnes autistes. Ce sont ces casse-cou qui partent en Palestine pour témoigner d’un conflit interminable, ces associatifs qui œuvrent au quotidien pour un pays qui leur est cher comme le Mali ou l’Ukraine… Parce que c’est aussi par la découverte de l’autre que l’on se découvre et se construit.
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