Arthur Germain : « J’ai fait des rencontres que je n’oublierai jamais »

Arthur Germain : « J’ai fait des rencontres que je n’oublierai jamais »

En plein milieu de son incroyable défi de l’été, à savoir descendre les 780 km de la Seine à la nage de sa source à la Manche, en totale autonomie, le nageur Arthur Germain a fait étape à L’Île-Saint-Denis ce lundi 5 juillet, passant par le petit bras pour installer son très sobre bivouac sur une berge du parc départemental. Les traits tirés par ses 15km quotidiens, les conditions climatiques et les imprévus qui s’accumulent, l’éco-aventurier a tout de même pris le temps de répondre à nos questions avant de repartir pour une nouvelle journée dans l’eau. Rencontre.

 

Tout d’abord, comment te sens-tu aujourd’hui, tant physiquement que moralement ?

Physiquement, c’est dur depuis le début de l’aventure. Il n’y a pas un jour qui se passe sans que je n’aie mal aux bras, c’est clairement un défi très dur. J’ai déjà traversé la Manche à la nage, mais là c’est un autre niveau de difficulté. Je dois puiser tous les jours dans mes ressources, notamment quand il pleut. C’est dur aussi du côté mental, puisque j’ai connu plein d’imprévus. Mais je prends tellement plaisir à faire ce que je suis en train de faire que je n’ai pas « hâte » d’arriver. Je suis content que le projet avance, mais je profite à fond de cette expérience qui englobe tellement d’autres choses que la simple natation.

 

Tu es entré récemment dans la deuxième partie de ton parcours. Quel premier bilan tires-tu de ton périple ?

J’ai eu pas mal de difficultés au début, et je dois dire que je ne m’attendais pas à ce que ce soit aussi dur. La première semaine, j’ai perdu 5 kilos alors que je mange 3500 kilocalories par jour ! J’ai eu beaucoup de marche à faire, et une eau très froide au début. J’ai eu des aléas, j’ai cassé des trucs… Je n’ai pas eu un seul jour normal, mais c’est ça l’aventure ! On ne peut pas prévoir ce qu’il va se passer et chaque jour qui passe, je me sens plus apte à réussir ce défi.

Ce qui m’a le plus agréablement surpris, c’est le contact avec les gens. Dans ce projet, je ne demande rien de matériel : pas de nourriture, pas d’électricité, rien du tout… Mais le premier réflexe des gens généralement, c’est de me proposer de l’aide ou des vivres. Comme j’ai tout ce qu’il me faut, la seule chose qu’ils peuvent m’offrir c’est eux-mêmes. C’est de l’humain, ce qu’ils ont en eux. J’ai fait des rencontres que je n’oublierai jamais.

Le 20 mai dernier, Arthur Germain était déjà venu sur notre île présenter son projet aux enfants

As-tu vu des marques de soutien visuelles sur ton parcours ? On a cru voir une grande banderole d’encouragement à Alfortville notamment…

Oui, bien sûr. En Côte-d’Or, tous les petits villages étaient là pour m’accueillir dès que je m’arrêtais ! C’était génial, avec plein de monde au bord de la route ou sur les ponts. Ça fait chaud au cœur, surtout qu’il y avait à la fois ce soutien « de masse » et une partie plus intimiste où j’avais le temps de discuter avec les gens. Dans des plus grosses villes, la situation est un peu différente : il n’y a pas du monde partout mais quand il y en a, ils sont nombreux ! À Alfortville il y avait peut-être 500 personnes, avec une fanfare, etc. Je remarque aussi que tous types de gens me suivent, quels que soient leur âge, leur milieu social, etc. Peut-être que les gens se reconnaissent dans ce projet, car même si le défi physique est difficile, on a tous besoin de nature en ce moment.

 

Quels imprévus as-tu rencontrés jusqu’à présent ?

Quelqu’un m’a dit au tout début : « Tu vas avoir un gros problème par jour ». Et il a eu raison, tous les jours il y a un truc qui ne va pas ! Dans les premiers jours j’ai eu 30km à marcher (parce que le fleuve est trop petit pour nager dedans) alors que je pensais en avoir 10. Au bout de 5km dans un chemin de randonnée à traîner mes 120 kilos de matériel derrière moi, les roues du kayak m’ont lâché dans une descente. J’ai aussi eu ma combinaison qui s’est trouée un peu partout à cause des arbres que je percutais, j’ai eu mon kayak qui s’est retourné, j’ai perdu des affaires, j’ai cassé mes lunettes, je me suis retrouvé coincé dans un rapide à Troyes, et je me suis pris un coup à la hanche qui m’a valu huit côtes déplacées selon un ostéo venu me voir !

 

Quand on nage dans la Seine, est-ce qu’on a une vision différente de l’ampleur de son utilisation ?

J’ai appris ce qu’est la Seine. On ne s’en rend pas compte, mais il y a vraiment énormément de choses qui s’y passe. On voit des vignes, des cultures de betterave, des élevages en tous genres… J’ai rencontré beaucoup d’agriculteurs qui m’ont parlé des enjeux du bio par exemple, ou des maires de très petits villages qui manquent d’eau. J’ai vu évidemment plein de bateaux-logements, des riverains du fleuve… Ça fait écho au message global que je porte à travers ce projet, à savoir créer du lien autour de ce qu’il se passe à la source de la Seine et ce qu’il se passe plus loin.

 

On parle souvent de la pollution de la Seine. Quel regard portes-tu sur cette question ?

Je fais des relevés de qualité de l’eau. Tous les 5km, je prélève un échantillon pour une entreprise qui s’appelle Fluidion, connue notamment pour avoir permis la baignade dans le bassin de la Villette à Paris. Ils ont un système qui leur permet d’envoyer les données directement au laboratoire, et ils me donnent les résultats assez rapidement. Ce qui est intéressant, c’est que tous les soirs je me fais une petite note personnelle basée uniquement sur mon ressenti de la qualité de l’eau. Or, il n’y a pas forcément de corrélation entre ce ressenti et la pollution réellement mesurée.

On se rend compte aussi que la Seine n’est pas si polluée que ça. Jusqu’au moment où la Marne se jette dans la Seine à Charenton, les taux de pollution n’étaient pas affolants alors même que je nageais dans une période de forte pluie, et on sait que la pluie augmente la pollution des cours d’eau. En réalité, on n’est vraiment pas loin des taux permettant de se baigner dans la Seine. La question n’est pas tant au niveau de la pollution, mais plutôt de savoir ce qu’on veut faire de ce fleuve.

Arthur prélève de l’eau sur l’île des Vannes à des fins scientifiques

D’ici à ton arrivée au Havre, est-ce que tu as une appréhension particulière ?

Je ne sais pas ce qui peut encore m’arriver, mais j’ai vécu tellement de trucs fous que maintenant je suis prêt à tout encaisser ! Je ne sais pas comment je vais y arriver, mais je sais que je vais y arriver…

 

Si tu voulais que les gens retiennent une chose de cette aventure, qu’est-ce que ce serait ?

Le fait que je vive en autonomie depuis le début. Je n’ai pas grand-chose avec moi, pas beaucoup d’affaires… J’ai un petit panneau solaire qui recharge mes batteries, donc les jours où il fait beau je peux peut-être regarder le match de foot de l’Euro, mais sinon je n’utilise pas mon portable. Je vis en cohésion avec la nature, sans avoir vraiment besoin de consommer. Je suis sincèrement connecté à la nature, par rapport au premier jour j’ai vraiment l’impression que mon sens de la nature s’est développé. Il y a maintenant quelque chose qui me relie au fleuve, aux arbres, etc. J’ai enlevé tout le superflu de ma vie, ce qui m’a fait gagner du temps pour penser, lire, écrire, faire ce que j’aime… C’est un mode de vie particulier, mais je ne crois pas avoir déjà été aussi heureux.

 

Pour finir sur une note très îlodionysienne, que penses-tu de ton lieu de bivouac pour ce soir ?

Il est top, c’est parfait ! J’ai vu des endroits très divers, tous mes bivouacs ont été différents mais je n’ai jamais été déçu. Bon, à Paris j’ai dormi sous le métro, mais j’avais quand même la vue sur Notre-Dame !

 

Le régime alimentaire d’Arthur pendant ce défi

Le soir je mange des aliments lyophilisés sans additif ni conservateur. Je suis végétarien donc j’ai aussi des protéines de chanvre naturelles. J’ai pas mal de petits aliments oléagineux (noix, fruits secs…) qui me servent notamment la journée quand j’ai besoin de force pour nager. Je prends aussi une barre de céréales tous les midis. J’ai trouvé une fois des asperges, des fraises, des mûres, des orties…

 

Pour suivre au jour le jour son périple : https://arthurgermain.fr/

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