Cérémonie du 11 novembre : discours de Mohamed Gnabaly

Cérémonie du 11 novembre : discours de Mohamed Gnabaly

« Monsieur le Président de l’Union locale des Anciens Combattants et Victimes de Guerre,
Mesdames et Messieurs les Conseillers municipaux de l’Île-Saint-Denis,
Ilodionysiennes, Îlodionysiens,
Chers amis,
Nous voici réunis devant la stèle du cimetière communal pour commémorer ensemble le centenaire de l’Armistice du 11 novembre 1918.

Cet Armistice mit fin à 4 ans de combats meurtriers qui ont endeuillé des milliers de familles de toute l’Europe, d’Afrique, d’Amérique du Nord, d’Asie et d’Océanie.

La Première Guerre mondiale a été une guerre totale : c’était la première fois que toute la société, y compris la population civile étaient autant impliquées dans un conflit et que l’État exerçait un tel contrôle sur elles : propagande, censure, économie de guerre, rationnement, …

La Première Guerre mondiale a été aussi une guerre très meurtrière avec l’apparition des premières violences de masse : génocide arménien, bombardements, pluies d’obus, usage massif d’armes chimiques…
Aussi, l’expérience des tranchées a rendu banales les pires atrocités : proximité quotidienne des cadavres et du sang, « gueules cassées », défigurés, mutilés, crises de démence, familles brisées…
Plus de 10 millions de morts et 20 millions de blessé pour 60 millions de soldats. La France a été le pays le plus touché : 1,4 million de tués et de disparus, soit 10 % de la population active masculine.

L’Île-Saint-Denis n’est pas en reste. Notre île, qui comptait 3000 habitants au recensement de 1911, dénombre 180 morts, soit plus de 5 % de la population d’avant-guerre.

La Première Guerre mondiale a meurtri le territoire européen et les populations européennes. Mais nous devons nous rappeler que des millions de soldats africains et asiatiques, alors considérés comme des sujets des empires français et britanniques, ont aussi versé leur sang, laissé des membres ou perdu la raison dans la boue et le froid de la Somme, la Marne ou la Meuse. Ils n’en ont pas pour autant acquis la liberté ni l’égalité de droits, de retour au pays…

Pour ces familles, algériennes, marocaines, sénégalaises, tunisiennes, malgaches, somalis, indochinoises, nous devons nous souvenir. Beaucoup de nos concitoyens, et particulièrement les nouvelles générations, ignorent le rôle et l’immense sacrifice des soldats africains, lors de la première guerre mondiale.

Pourtant, ces « oubliés  » de l’Histoire ont contribué à marquer le cours des événements mondiaux de l’époque. Des hommes auxquels la France et avec elle l’Occident, doivent beaucoup. Ils participeront de façon massive aux deux guerres mondiales 1914-1918 et 1939-1945 et serviront en Indochine et en Algérie. L’ensemble de ces guerres a coûté un million de vies humaines à l’Armée d’Afrique.

Mais n’oublions pas aussi tous ces pères de famille et ces jeunes mariés, ces paysans et ces ouvriers que les gouvernants, confortablement installés dans leurs ministères, avaient envoyé redessiner leur carte de l’Europe.
Combien de mutineries ont été réprimées dans le sang, combien de soldats ont été forcés à combattre, combien de femmes ont perdu l’homme de leur vie ou se sont épuisées à l’usine et aux champs jusqu’à ce que la boucherie prenne fin ?
Aujourd’hui, 100 ans après, où en sommes-nous ? Où en est la France, l’Europe, le monde ? Avons-nous seulement tiré les leçons de cette période aussi absurde que dramatique ? Le repli sur soi nationaliste, la haine de l’étranger, la banalisation de la violence, la perte de sens, le conformisme aveugle, le racisme et les rapports de domination ont-ils seulement reculé, à défaut de disparaître ? Nous devons encore et toujours travailler à favoriser l’ouverture, l’hospitalité, l’apaisement des relations, le bon sens, l’originalité, la solidarité.

Nous sommes aujourd’hui de nouveau à un tournant de l’histoire. Tout le monde sent que le pire peut se produire à tout moment. Pour des millions de nos frères en humanité, le pire est déjà là, jusque dans nos propres rues. Mais, comme chaque moment de crise, le meilleur peut également émerger de cette période trouble et il ne tient qu’à nous de nous y consacrer.
Pourquoi ne pas utiliser toute l’énergie que nous gaspillons souvent dans des affrontements stériles ou des combats d’ego pour coopérer, échanger, trouver des solutions communes et durables aux problèmes qui nous concernent tous ? Ce dont nous sommes sûrs, c’est que si nous ne nous mobilisons pas de toute urgence pour cultiver la paix, l’entraide et la tolérance réciproque, nous risquons de connaître à nouveau cette ignoble tragédie.

Il y a urgence, nous devons faire de ce funeste centenaire une gigantesque déclaration de paix. Travailler pour la paix n’est pas de tout repos, c’est tout sauf une passivité attentiste, elle demande du courage, de la patience et de l’abnégation.

Alors, 100 ans après la boucherie de 14- 18, n’oublions pas et battons-nous … battons-nous ensemble pour construire la paix.
Mesdames et Messieurs, recueillons-nous ensemble.
Merci de votre écoute. »

Discours de Mohamed Gnabaly, maire de L’Île-Saint-Denis, le 11 novembre 2018.

Partagez cela à vos proches !