Dr Ouanounou : « Les gens sont réticents sur les vaccins car on ne leur explique pas bien »

Dr Ouanounou : « Les gens sont réticents sur les vaccins car on ne leur explique pas bien »

À l’occasion du numéro de janvier 2021 du journal Notre île, la rédaction est allée à la rencontre du Dr David Ouanounou pour discuter Covid-19, campagne de dépistage et vaccin. Pour des raisons de contraintes graphiques, nous avons dû raccourcir la retranscription de l’entretien dans les colonnes du journal. Nous republions donc cette interview, en intégralité cette fois.

 

De nombreux habitants de L’Île-Saint-Denis ont fait part de leur inquiétude en apprenant que vous aviez subi une forme sévère de contamination au Covid-19. Comment allez-vous aujourd’hui, et comment avez-vous vécu cette période difficile ?

Je remercie vraiment un par un tous ceux qui ont demandé de mes nouvelles. Je sais que M. le maire a été en contact avec mon fils pour avoir des nouvelles. Je suis très sensible au fait que beaucoup de gens de L’Île-Saint-Denis ont eu très peur pour moi et ont cherché à avoir des nouvelles par Facebook, par des connaissances ou autres… Une personne a même appelé l’Ordre des Médecins, et l’Ordre m’a appelé pour savoir comment j’allais ! C’est très gentil, ça m’a fait très chaud au cœur. Aujourd’hui je vais beaucoup mieux. Je suis encore en rééducation, donc j’ai un peu réduit mon activité en travaillant moins tard le soir. Mais ça va revenir, je reviendrai au rythme où j’étais avant.

 

Depuis votre retour le 1er septembre, diriez-vous que le Covid-19 a pris une part importante dans vos consultations quotidiennes ?

Bien sûr, et ça commence par les interrogations des gens, qui nous posent des questions. Le problème, c’est qu’en mars 2020 nos connaissances étaient très limitées. Au fur et à mesure, on a appris des choses sur cette maladie, mais on indique aux patients qu’il y a toujours une part de doute parce qu’on ne la connaît toujours pas bien. Celui qui dit la vérité, c’est celui qui dit « je ne sais pas« . Mais on ne peut pas dire « je ne sais pas » à un patient ! On leur dit donc ce que l’on sait à l’instant T.

 

Un centre de dépistage vient d’ouvrir ses portes à L’Île-Saint-Denis. En tant que professionnel de santé, qu’est-ce que cela vous inspire ?

Je suis absolument pour le fait de tester, tester et encore tester, isoler, tracer, etc. C’est vraiment la stratégie idéale aujourd’hui. Le problème, c’est que les pouvoirs publics ont un train de retard. Maintenant qu’on a la possibilité de tester, je pense qu’on peut facilement isoler les cas positifs, et les isoler vraiment, pas comme le mini-confinement qu’on a pu voir. On a appris aujourd’hui (Ndlr : interview réalisée le 17 décembre) que le président de la République a été contaminé. J’espère qu’il sera vraiment confiné et qu’il ne pourra pas rencontrer d’autres personnes !

On ne pourra pas vacciner tout le monde tout de suite, donc il faudra continuer à respecter les gestes barrières, et surtout garder cette capacité à tester, tester, tester… Bien sûr qu’on trouvera beaucoup de cas négatifs, mais dès qu’on en trouvera un de positif, on pourra l’isoler et tracer tout le parcours qu’il a fait avec efficacité. Le confinement sévère se justifiait au tout début de la maladie, mais après un an, je pense que c’est compliqué de laisser confiné tout un pays. Il faut travailler là-dessus, faire en sorte que les cas positifs et les cas contact soient isolés, et que les négatifs reprennent une vie normale. Sinon, le problème c’est qu’on ne mourra pas du Covid mais de déprime !

Pour revenir sur le plan local, ce nouveau centre de dépistage est une excellente chose. Nous faisons nous-mêmes des tests antigéniques dans ce cabinet, pour les patients que je suspecte d’être contaminés ou pour ceux qui veulent se rassurer avant des regroupements familiaux par exemple.

Les tests antigéniques ont une sensibilité un peu inférieure à celle des tests RT-PCR, mais il a une spécificité équivalente. Concrètement, cela signifie que quand une personne a un test positif, elle est vraiment positive. Rien que pour ça, je trouve qu’il est intéressant d’avoir des tests antigéniques, qui génèrent en plus des résultats en un quart d’heure. Rappelons-nous qu’au tout début de l’épidémie, on avait des résultats en… 14 jours !

Les laboratoires nous disent que les tests antigéniques sont sensibles à 90%, et les RT-PCR à 95%. Je pense que les antigéniques sont plutôt sensibles à 80%, et non pas 90%. Mais même à 80%, moi je prends, aucun problème ! Je pense qu’il faut les deux types de tests. Quand on a un doute, on peut faire un test RT-PCR qui est un peu plus sensible. Mais au niveau de la spécificité, ils sont tous les deux aussi valables.

 

Que pensez-vous de la méfiance d’une partie de la population envers la vaccination, et de la mise à contribution des médecins généralistes pour rassurer les Français à ce sujet ?

Je pense que si les gens sont réticents, c’est parce qu’on ne leur explique pas bien. Le problème, c’est que ce sont les politiques qui s’occupent de ça, et qu’ils ne veulent pas se mouiller car ils se protègent au vu de tous les scandales sanitaires qu’on a pu connaître (Mediator, vaccins contre l’hépatite B…). Donc, ils se méfient. Ayant été concerné au premier plan, je me suis beaucoup intéressé à ce sujet et j’ai bien lu toutes les données des vaccins qui nous sont proposés aujourd’hui.

Celui de Sanofi est retardé car les résultats ne sont pas ceux qu’on attendait. Ils ont utilisé un virus atténué, mais ça ne marche pas aussi bien qu’ils ne le voudraient. On a quand même des garde-fous sécurisants. Quand on met 10 milliards d’euros sur un vaccin et qu’on est capables de le mettre de côté parce qu’il ne nous satisfait pas, ça veut dire quelque chose. On ne va pas le commercialiser s’il ne marche pas, s’il est dangereux. Et 10 milliards d’euros, c’est beaucoup ! Ils ont mis énormément d’argent dessus, et malgré ça ils ne le sortent pas.

Les vaccins qui nous sont proposés aujourd’hui, c’est le Pfizer et le Moderna. Je mets de côté le vaccin chinois que je ne connais pas trop, puisqu’ils ne communiquent pas dessus et que la fiabilité des informations données peut être questionnée. On nous dit que le Moderna peut être stocké dans des congélateurs à -20°C. Je pense personnellement qu’il faut plutôt le stocker à -80°C comme le Pfizer. Quoi qu’il en soit, le procédé de ces deux vaccins reste extraordinaire : l’ARN messager.

Cette technique, on la connaît depuis cinq ans. Elle nous permet de ne pas du tout utiliser le virus pour faire le vaccin. À la place, on apprend à nos lymphocytes (globules blancs) à reconnaître le virus et à l’éliminer. C’est extraordinaire en soi, et ce qui l’est tout autant, c’est que la technique de l’ARN messager va nous ouvrir d’autres horizons. On va pouvoir se vacciner contre le cancer. Je dis bien : contre le cancer. On va apprendre à nos lymphocytes à reconnaître une cellule cancéreuse et à la détruire, à s’immuniser contre elle. Dans les cinq ans qui arrivent, on s’apprête à connaître de très grandes avancées sur le plan de l’ARN messager. On va pouvoir fabriquer des vaccins anti-grippe par ARN messager, nous évitant de nous faire vacciner tous les ans contre la grippe ! Plein de choses sont très intéressantes avec l’ARN messager, j’invite vraiment tout le monde à s’y mettre. C’est une très grande innovation, ce n’est pas dangereux, c’est fiable et c’est traçable.

Le problème dans tout ça, c’est que les politiques n’expliquent pas comme ça. Mais je reproche aussi aux médecins de ne pas assez parler. Il faut qu’on parle ! Moi je parle beaucoup avec mes patients, je leur explique ce que je viens de vous dire, et je leur dis que c’est l’avenir.

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