Harry Roselmack : « Le dialogue permet d’éviter le pire »

Harry Roselmack : « Le dialogue permet d’éviter le pire »

Figure bien connue des Français grâce au journal télévisé de TF1 ou au magazine Sept à Huit, Harry Roselmack est passé ces derniers mois derrière la caméra pour tourner son premier film, Fractures. Un film axé sur les radicalités parfois enfouies en chacun de nous et sur le nécessaire besoin d’échanger avec les autres. Alors qu’il sera présent ce vendredi 3 mai au théâtre Jean Vilar pour la projection de Fractures et le débat citoyen qui s’ensuivra, le journaliste-réalisateur s’est confié à la rédaction du journal Notre Île. Interview.

Qu’est-ce que vous avez voulu montrer avec ce film ?

Si je devais le résumer en une phrase, c’est que le dialogue et l’échange peuvent permettre d’éviter le pire. Nous sommes aujourd’hui à un moment de la vie de la société française où ce dialogue est plus important que jamais. Naturellement, on se comprend de moins en moins parce qu’on est de plus en plus différent, on se construit de plus en plus différemment les uns des autres.

Depuis plusieurs années, on entend dire que la société française est de plus en plus polarisée et que les gens se replient de plus en plus sur eux-mêmes, acceptant de moins en moins la contradiction. Est-ce que cela vous inquiète ?

C’est inquiétant, oui. À partir du moment où on ne peut plus se parler, que ce soit dans un couple, dans une famille, dans une équipe de foot ou dans une nation au sens large, ça ne marche plus. L’échange ne permet pas de régler tous les problèmes, mais c’est l’outil par lequel on peut en limiter l’ampleur et essayer de trouver des solutions pour mieux fonctionner.

Vous avez dit que ce film était une fable dont la morale était que le dialogue crée du lien. Comment fait-on aujourd’hui pour faire se parler entre eux des gens qui ne se connaissent pas, qui n’ont rien en commun, et qui parfois se détestent ou ont peur les uns des autres ?

Il ne faut pas forcément changer sa façon d’être. Mais il faut accepter l’idée – et ce serait un grand changement collectif – qu’on peut vivre ensemble sans être des clones les uns des autres. Jusqu’à présent, la France s’est trop construite avec cette idée d’assimilation, qui consiste à dire que pour vivre ensemble il faut se ressembler. Eh bien non. On ne se ressemblera jamais complètement, on aura toujours des différences et celles-ci enrichissent, elles ne menacent pas. Une fois dit cela, il y a évidemment certains piliers sur lesquels il faut qu’on soit tous d’accord. Un socle commun qu’on doit encore définir aujourd’hui.

Il y a eu il y a quelques années une super initiative sur le papier : le débat sur l’identité nationale lancé par Nicolas Sarkozy. C’était une superbe idée, mais ça a été fait en dépit du bon sens et ça a accouché d’un monstre. Or, nous sommes obligés de faire ce travail : parler d’identité nationale en la redéfinissant. En vérité, les différentes communautés ne sont pas un problème quand elles cherchent à savoir comment vivre en équilibre avec les autres. C’est un problème quand elles s’opposent et quand elles se défient les unes des autres, dans tous les sens du terme (défiance et défi). Il y a donc certains points pour lesquels il faut faire une révolution collective, et à partir de cette base-là on peut construire quelque chose.

Y a-t-il des thèmes particuliers que vous souhaiteriez aborder avec les habitants de L’Île-Saint-Denis lors de votre venue le 3 mai prochain ?

Celles qui sont en filigrane du film. Ce message me semble tellement important… S’il y a une idée que j’aimerais qu’on retienne, c’est l’idée que des gens complètement opposés peuvent créer un lien par l’échange et la discussion. L’étape d’après est sans doute un peu plus compliquée. Il faut savoir déjà se remettre en cause collectivement et se dire que nous avons une part de responsabilité collective dans ce qui nous arrive aujourd’hui. Il n’est pas normal que des gens qui ont grandi dans nos écoles, qui ont grandi avec nous et qui ont regardé nos chaînes de télévision fassent ce genre de choses. Ensuite, il faut savoir analyser les parcours et les raisons, et c’est compliqué pour des gens capables de faire des choses aussi horribles. Ce sont deux actions qui me semblent importantes à faire, mais la première étape c’est déjà de se parler.

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