L’école au parc, c’est possible !

L’école au parc, c’est possible !

Alors que l’année scolaire touche à sa fin pour les enfants de L’Île-Saint-Denis, ces dernières semaines ont forcément été très spéciales pour eux, perturbés dans leur rythme quotidien par un confinement généralisé qui a forcé les portes des écoles à se fermer. Si le déconfinement a été progressivement mis en place à partir du mois de mai, de nombreux élèves n’ont pas pu retourner en classe, empêchés par un strict protocole sanitaire. Face à cette situation problématique, un groupe de parents a mis en place une proposition peu commune… expérimenter l’école au parc départemental !

« L’idée est venue de rassembler un groupe de parents pour se partager la garde des enfants à tour de rôle pendant la semaine, et de profiter des ressources de l’île, notamment le parc. Il n’était pas ouvert à l’époque, mais on a imaginé le projet avec en ligne de mire une demande d’autorisation spéciale pour un accueil de groupe au parc. On a pris contact avec l’animateur Michel Scrive pour lui montrer le projet. Et le temps de se préparer et de lui faire la proposition concrète, le parc avait quasiment rouvert… On a donc pu faire notre première session de L’école au parc au tout début du mois de juin« , explique Tanguy Lhomme, l’un des parents.

Apprendre au parc, quatre jours par semaine

Tout au long du mois de juin, deux parents ont ainsi encadré jusqu’à une dizaine d’enfants de niveaux différents les lundis, mardis, jeudis et vendredis, « avec des horaires scolaires pour se caler un peu sur le rythme de l’école normale« , souligne Tanguy. Pour le repas du midi, les familles étaient censées prévoir un pique-nique pour leurs enfants, mais quelques petits extras ont été accordés à la buvette du parc, pour le plus grand bonheur des petits…

Le dispositif s’est ouvert à moins de dix enfants, pour respecter les normes sanitaires d’une part, mais aussi pour faciliter l’organisation. « On était obligés de garantir la présence des parents, ce qui a  nécessité une forme d’engagement dès le départ qui a restreint quelque peu l’ouverture à plus de  familles. Concrètement, les parents qui inscrivaient leurs enfants devaient globalement être  disponibles au moins une journée par semaine pour accompagner« , précise Tanguy.

Ils n’ont en tout cas pas eu à se soucier d’éventuels problèmes avec le personnel du parc, qui a très vite approuvé ce projet. « En mars, avril et mai, j’ai fait une lettre hebdomadaire de ressources pédagogiques pour accompagner les enseignants pendant le confinement, pour qu’ils aient des activités sur la nature à transmettre à leurs élèves. On a ensuite préparé des parcours en autonomie dans le parc et quand est arrivée cette demande d’école au parc, j’ai eu l’autorisation de ma hiérarchie pour accueillir ce groupe et lui proposer des parcours ou d’autres activités« , affirme Michel Scrive, figure bien connue des habitués du parc.

Activités manuelles, yoga, visite de musée et de Lil’Ô, parcours nature…

Si le caractère ludique et naturel du parc départemental de la ville saute tout de suite aux yeux, ses vertus pédagogiques sont elles aussi bien réelles. Certes, les « cours » dispensés ne ressemblaient en rien aux tables de multiplication ou exercices de conjugaison auxquels les enfants sont habitués, mais ces derniers ont tout de même appris, notamment grâce aux intervenants extérieurs sollicités par L’école au parc. Constructions manuelles avec les Compagnons Bâtisseurs et les architectes d’ICI, animations naturelles proposées par Michel Scrive, cours de yoga avec l’association Fun Être sur l’Île, pratique artistique et sportive avec la compagnie L’Essoreuse, visite de Lil’Ô… « On les a aussi emmenés au musée à Paris, et on a été tailler des pierres avec l’association Suivez la flèche à la basilique de Saint-Denis« , ajoute Tanguy.

Ce jeudi 2 juillet, le petit groupe vit l’une de ses dernières journées au parc et l’ambiance est plus à la détente qu’à l’apprentissage. L’atmosphère est festive et bruyante, d’autant plus qu’exceptionnellement, la classe de CP de Madame Baïa est venue se joindre au dispositif. « On compte faire la démonstration de l’accessibilité du parc, et dans cette optique c’est super que Madame Baïa soit là aujourd’hui. L’idée, c’est de prêcher par l’exemple, montrer que c’est possible d’amener des élèves au parc et d’y développer des contenus pédagogiques. Ce parc, on peut y aller à pied, on n’a pas besoin de moyens de transport, et la météo n’est pas un obstacle puisqu’on a passé des journées entières ici sous la pluie, il y a plein d’endroits où s’abriter…« , assure Tanguy.

Chameaux / Chamois et « cours » d’anglais

Accompagné ce jour-là par Frédéric et Zakia côté parents, il se lance après la pause déjeuner dans un grand jeu collectif non loin du terrain de foot du parc. C’est le traditionnel Chameaux / Chamois, jeu bien connu des amateurs de colonies de vacances ou autres séjours collectifs. La confusion règne entre les enfants qui ne maîtrisent pas toujours leur enthousiasme, mais les sourires sont de mise. « C’est super comme initiative, ils ont fait plein de trucs fantastiques« , se réjouit Frédéric, papa d’élève qui venait encadrer pour la première fois ce jeudi.

Après une petite heure à courir et se défouler, Madame Baïa sonne le rappel des troupes et convie tout le monde à s’asseoir pour un temps pédagogique plus calme : une histoire racontée en anglais, pour se familiariser le plus vite possible à la langue de Shakespeare. Assis par terre à l’ombre, les 15 enfants écoutent en silence avant de répondre aux quelques questions posées par la maîtresse. Un dernier « cours » avant les vacances ? Pas encore. L’école au parc prévoit de boucler la boucle samedi 4 juillet au soir par un grand bivouac convivial au parc. La Ligue pour la Protection des Oiseaux sera de la partie et les enfants devraient à cette occasion en savoir plus sur… la vie des chauves-souris.

Une expérimentation qui en appelle d’autres ?

L’une des motivations de L’école au parc était d’expérimenter d’autres procédés pédagogiques, L’Île-Saint-Denis étant un territoire propice à ce type de projet. Reste maintenant à savoir si cette expérience réussie fera écho. Les animateurs du parc y sont en tout cas favorables. « Dans beaucoup d »autres  endroits, on voit des enseignants faire classe en extérieur une fois par semaine. Moi j’ai envie de travailler dans l’accompagnement de projet plus que dans la séance à la carte, donc même si on n’offre pas une séance, on a les moyens d’accompagner les gens qui viennent en leur disant que même sans compétences naturalistes, ils peuvent faire ça, ça, ça ou ça…« , assure Michel avant de dresser un bilan positif de cette drôle d’école. « Je pense qu’ils ont vécu un bon mois de juin, ils se sont pris en main… Ça permet aussi de sortir de son quartier, de son immeuble, et de faciliter la vie de tout le monde« .

Retrouvez ici les images de cette après-midi du 2 juillet

 

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