L’Île-Saint-Denis revient au tableau : Mélanie Drans

L’Île-Saint-Denis revient au tableau : Mélanie Drans

Alors que le déconfinement de la France a franchi une nouvelle étape cette semaine, la question de l’ouverture progressive des écoles anime les conversations, à L’Île-Saint-Denis comme ailleurs. Après avoir donné la parole à ses habitant(e)s confiné(e)s et à son personnel soignant, la Ville tend maintenant son micro à celles et ceux qui sont directement concerné(e)s par cette réouverture.

Aujourd’hui : Mélanie Drans

  • 45 ans, habite au quartier Nord
  • Maman d’élèves, mère de trois enfants (6 ans et demi, 4 ans et 22 mois)

Quelle est la situation scolaire actuelle de vos enfants ?

Notre aînée Feriel est en CP à l’école Paul Langevin, elle vient de reprendre l’école. On n’était pas prioritaires car on ne fait pas partie des professions essentielles à la gestion de la crise, mais on a eu la chance d’avoir quatre jours d’école pour elle. Le fait qu’on ait deux autres enfants et que je sois enceinte de sept mois a dû peser dans la balance… La seconde, Ilissene, a 4 ans et est en petite section de maternelle, toujours à Langevin. Elle est à la maison en ce moment, tout comme la petite dernière, Mona, qui était gardée par une assistante maternelle avant le confinement.

Elle pourrait théoriquement être gardée. Sa nounou a un agrément pour quatre enfants, mais avec le confinement elle peut aller jusqu’à six. Je trouve d’ailleurs qu’il y a quelque chose qui ne va pas : d’un côté on nous dit de ne pas nous rassembler, on fait revenir les enfants à l’école au compte-gouttes, et de l’autre on permet aux assistantes maternelles de garder plus d’enfants… C’est paradoxal ! Nous on a fait le choix de garder nos enfants chez nous pour que ceux qui en ont vraiment besoin puissent les envoyer là-bas.

 

Ce confinement, comment l’avez-vous vécu en tant que famille ?

Tout le monde était à la maison ! Mon mari travaille dans la comptabilité, il était en télétravail avec des horaires très strict et avait pas mal d’interactions et de visioconférences avec ses collègues. Il fallait éviter de le déranger dans la journée mais il m’a beaucoup aidé, notamment en posant des jours de congés pour me soulager. Personnellement, j’étais au chômage car je travaille dans la restauration, et mon congé maternité vient de débuter. À cet égard, nous nous estimons privilégiés : certains couples ont dû travailler et garder leurs enfants en même temps. Et surtout, nous n’avons eu à déplorer aucun malade dans notre famille.

Pour le travail scolaire de Feriel, on ne pouvait travailler sérieusement que lorsque la petite Mona était au lit. En ce qui concerne Ilissene, sa maîtresse nous a envoyé tout ce qu’il fallait faire. On n’a pas forcement réussi à tout faire, mais on était plus angoissés pour l’aînée qui est en CP, on ne voulait pas qu’elle ait des lacunes. Le CP est très important, on apprend toutes les bases : compter, lire, écrire… Surtout qu’à notre époque, les méthodes et les programmes étaient différents, donc en tant que parents on ne sait pas toujours bien où on se situe par rapport au niveau scolaire moyen. Est-ce qu’on est en retard, est-ce qu’on est en avance… ?

On a tout de même eu des bonnes conditions de confinement, avec de l’espace à l’intérieur et un petit jardin derrière l’immeuble. On n’est pas les plus à plaindre. Et il faut souligner tout ce que les associations de parents d’élèves et la mairie ont fait pour les élèves, avec notamment les devoirs imprimés et distribués à toutes les familles. On habitait avant à Saint-Ouen, on y a gardé des amis, ainsi qu’à Clichy, et visiblement ce n’était pas du tout la même ambiance… De même, j’ai été étonnée de ne pas avoir de nouvelles de l’Éducation nationale, de ne pas recevoir de lettre du rectorat, etc.

 

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Renvoyer votre fille aînée à l’école a-t-il été une décision facile à prendre pour vous en tant que parents, au vu de la situation actuelle ?

On a beaucoup hésité. Je suis enceinte et mon congé maternité allait commencer, donc je ne me sentais pas prioritaire. Je pensais qu’on me dirait qu’avec mon congé je pouvais la garder avec moi. Je préférais quand même qu’elle aille à l’école, encadrée par des gens dont c’est le métier. À la maison, les enfants se sentent un peu en vacances, donc quand on les fait travailler et qu’on leur demande de faire leurs devoirs, ils peuvent prendre ça comme une punition. C’est parfois compliqué…

J’ai expliqué notre situation à l’école, et on nous a donné quatre jours. Au moment de la parution dans les médias des premières photos qui montraient une école un peu « carcérale », avec une séparation physique des enfants, je les ai montrées à ma fille. Ce qui est marrant, c’est qu’elle ne s’en est pas du tout offusquée ! Elle n’était pas choquée, elle avait tout de suite plein d’idées de jeux qu’elle pouvait faire à distance…

Je lui ai expliqué que ce serait différent, que ce ne serait pas sa maîtresse qui serait avec elle puisqu’ils ont regroupé des enfants de classes différentes avec les enseignants disponibles. La grande question, c’était de savoir quelles copines seraient là elles aussi. Pour l’instant, ils sont quatre dans sa classe, avec des enfants qu’elle connaît bien sûr. Elle a une maîtresse pour le lundi et le mardi, et une autre pour le jeudi et le vendredi. C’est peut-être appelé à changer, mais cette semaine c’était comme ça.

 

Qu’est-ce que vous pensez du dispositif qui a été mis en place ?

Je trouve que ce n’est pas forcément une mauvaise expérience pour les enfants de se retrouver avec d’autres enfants. Je croyais ma fille plus routinière, mais c’est une bonne expérience pour elle de rencontrer d’autres enseignants et de se rendre compte qu’il y a d’autres personnes gentilles à l’école.

À la cantine, ils sont deux par table et mangent face à face. Ça fait un peu « petit resto » ! Pour eux, je crois que c’est moins « l’usine », l’ambiance est peut-être plus détendue. Et dans la cour, les enseignants animent des jeux. Il y a apparemment un « jeu de la grand-mère » assez populaire !

Je pense que les responsables attendent d’avoir bien formé les enfants aux gestes barrières pour réintégrer peu à peu les autres. Ça ira, mais il leur faut plus d’enseignants. Ceux qui ont eux-mêmes des enfants ne peuvent pas forcément revenir travailler, chacun a sa situation. Il y a aussi un peu d’angoisse…

 

Cette angoisse est-elle palpable chez les parents et les enfants selon vous ?

J’étais un peu angoissée par la deuxième vague, mais ça s’est un peu effacé depuis une semaine. On est dans une phase transitoire. On a un groupe de discussion Whatsapp avec d’autres parents, et certains étaient très inquiets de la reprise. Mais je pense que si on ne transmet pas nos angoisses aux enfants, ils pourront s’adapter à la situation. Pour nous, cette situation nous sort complètement de l’ordinaire. Pour eux c’est une première, mais ce ne sera malheureusement peut-être pas la dernière. Ils rentrent déjà souvent de l’école en nous donnant des cours d’écologie et de tri sélectif. Ce sera peut-être la génération qui apprendra dès le début à porter régulièrement des masques et à vivre en période de crise…

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